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Bendit : "Je déteste le dogmatisme, l’idéologie !"

2025-03-30

Auteur: Chloé

Dany Le Rouge, cette figure emblématique des années 68, existe-t-il vraiment ou n'est-il qu'une image façonnée par le temps et les souvenirs ?

Il est vrai que cette image s'est construite autour de moi, notamment grâce aux événements historiques que j'ai vécus. J'ai émergé sur la scène politique française au cours d'une période de révolte intense, ce qui a propulsé ma manière d'agir et de parler en icône du mouvement. Ironiquement, je suis devenu la figure d'un leader politique que je ne prétendais pas être.

Vous vous considérez comme un leader anti-leader, n'est-ce pas un paradoxe ?

Absolument ! Je me définis comme un leader anti-autoritaire. Mon autorité réside précisément dans mon opposition à toutes formes d'autoritarisme. J'ai défendu la mixité dans la cité universitaire tout en vivant dans un autre milieu, où je me permettais de savourer les plaisirs de la vie. Je suis fondamentalement quelqu'un de vivant et de spontané, et je revendique une approche différente du bien-être.

Est-ce la fameuse photo de Gilles Caron face aux CRS qui vous a vraiment propulsé sur le devant de la scène ?

Effectivement, cette photo a modifié la perception que les gens avaient de moi. Elle a été diffusée mondialement et j'en suis devenu le symbole. Ce qui se passe sur cette image, un moment joyeux dans un contexte de révolte, révèle une autre facette de ce mouvement. Cela dit, cette notoriété soudaine a aussi fait peser sur moi des responsabilités que je n'étais pas prêt à assumer.

Avez-vous déjà ressenti la crainte d'être une imposture ?

Pas vraiment, mais je comprends pourquoi certains peuvent poser cette question. J'avais autour de moi de nombreux groupes révolutionnaires qui ne me correspondaient pas. Je me voyais plutôt comme un amplificateur d'idées, me fiant à ma facilité d'élocution et à mon charisme. Parfois, cette spontanéité peut causer des débordements…

Deux événements ont pourtant assombri votre parcours : votre bannissement de France et les accusations de pédophilie. Qu'en pensez-vous ?

Oui, ces deux provocations ont eu un impact immense sur ma vie. J'ai fait des déclarations à Amsterdam qui m'ont condamné à l'exil. Et puis, il y a eu les accusations sans fondement que j'ai subies dans "Le Grand Bazar". Aucune preuve ne les a jamais étayées, mais ces rumeurs ont lourdement pesé sur ma réputation. C'était une période difficile qui m'a coûté cher sur bien des plans.

Vous avez dit que l'expulsion a été un salut pour vous. Pourquoi ?

Elle m'a forcé à me redéfinir et à reconstruire ma vie en Allemagne. J'y ai trouvé un nouvel amour et une nouvelle voie, loin de la pression de la figure de leader que l'on attendait de moi. J'ai finalement pu m'engager avec les Verts allemands et jouer un rôle significatif en tant qu'adjoint au maire de Francfort, puis député européen. En France, on a malheureusement tendance à réduire mon parcours à ce que j'ai fait en 1968.

Vous avez toujours été un centriste, critique face à la bipolarité des idées. Pensez-vous que cela tient toujours ?

Oui, je m'oppose à la simplification des idées, qui a souvent affaibli le discours politique. Dans les événements de 68, cette tendance était déjà visible. J'ai toujours soutenu que « l'imagination doit être au pouvoir ». Quand une idéologie se fige, elle bloque le progrès. Mais des exemples récents, comme Trump ou Mélenchon, montrent que l'on peut encore rendre la politique régressive.

Votre coup de cœur pour Emmanuel Macron s'explique-t-il par votre centre politique ?

Oui, effectivement. Lors de notre rencontre à Sciences Po, j'ai reconnu en lui une volonté de dépasser les idées figées. Malheureusement, j'ai constaté par la suite qu'il a souvent agi de manière isolée. Sa gestion des réformes, en particulier celle des retraites, a révélé une approche trop technocratique et peu ouverte à la discussion. C'est un intellectuel brillant, mais qui doit faire attention à ne pas devenir un Don Juan des idées. Il a hélas réduit sa pensée à des décisions souvent désastreuses.

Quel a été votre plus grand regret politique ?

Mon plus grand regret est sans doute l'échec de la France à ratifier le traité constitutionnel européen en 2005. Ce refus a figé l'Europe dans le temps et nous le payons chers aujourd'hui. Peut-être qu'avec un peu plus de vision de la part de nos dirigeants, comme Valéry Giscard d'Estaing, nous aurions pu avancer vers une Europe plus unie.

Enfin, le nouveau chancelier allemand vous rassure-t-il dans votre quête des États-Unis d'Europe ?

Il demeure encore un mystère pour moi. Récemment, il semblait opposé à des idées novatrices, avant de changer de cap une fois en place. Cette instabilité rend difficile d'avoir confiance en son engagement. Espérons qu'il puisse réellement renforcer l'idée d'une Europe unie, car c'est plus que jamais nécessaire.