Divertissement

"Cassandre" : Inceste et Résilience dans l'Autofiction Perturbante de Hélène Merlin

2025-03-30

Auteur: Julie

Le film "Cassandre" nous plonge dans les profondeurs d'un drame familial où l'inceste devient une fatalité. Dans cette autofiction troublante, la réalisatrice Hélène Merlin révèle les sombres secrets d'une famille marquée par des cycles de violence et de vice, tout cela sous la chaleur oppressante de l'été 1998.

L'intrigue :

Au cœur de l'été, Cassandre, une adolescente de 14 ans, quitte sa pension militaire pour retrouver ses proches. En tant que benjamine d'une famille bourgeoise, elle est la chouchoute de son père et s'épanouit dans la pratique équestre. Cependant, son univers familial est loin d'être sain. Sa puberté fascine son frère aîné dans un environnement où les limites sont floues et où l'innocence est mise à mal. Pour échapper à cette atmosphère suffocante, Cassandre se réfugie au centre équestre, un espace où elle quête une certaine émancipation vis-à-vis de l’autorité paternelle.

Un casting de talent :

Billie Blain, qui incarne Cassandre, s'illustre dans ce long-métrage soutenue par des performances remarquables de Zabou Breitman et Éric Ruf. Ce film est à ne pas manquer, et sa sortie en salles est prévue pour le 2 avril.

Dans la mythologie grecque, la tragédie de Cassandre se déroule déjà avec une note prophétique ; punie par Apollon pour avoir refusé ses avances, personne ne croit ses prédictions d’horreur. Dans le récit d'Hélène Merlin, l'inceste que subit la jeune Cassandre se veut également prophetique et tragique, faisant écho à ces mythes anciens.

Les racines du mal

L'analyse des personnages confirme que la tragédie qui touche Cassandre n'est pas fortuite. Sa mère, une féministe extrême, et son père, un militaire rigide, forment un couple détonnant aux influences opposées, mais dont les conséquences aboutissent à une dynamique incestueuse. La nudité est banalisée, l'intimité est absente, tandis que l'abus sexuel règne en maître. Ce climat familial dégradé rappelle le récit poignant de Camille Kouchner dans "La Familia grande", où l'espace familial devient une prison pour les victimes.

Cassandre se dresse comme un soldat face à un ennemi invisible ; les scènes d'inceste sont réalisées avec une justesse troublante, consciente de l'horreur sans tomber dans le voyeurisme. Hélène Merlin pousse les spectateurs à partager le regard de Cassandre, la rendant très proche de sa souffrance. La poupée avec laquelle elle joue est un symbole de son enfant intérieur, qu'elle tente de restaurer malgré les cicatrices d’un passé dévastateur. "Je lui ai donné ce qu'il voulait, pour qu'on n'en parle plus. Trente ans plus tard, j'en parle encore", dépasse le simple récit pour devenir une véritable confession.

Un cri de résistance

Contrairement aux récits de nombreux survivants, Cassandre parvient à verbaliser son traumatisme, s'appuyant sur le soutien de son club équestre. Elle découvre rapidement que ses parents, eux aussi, portent des blessures anciennes, des abus et des viols qu'ils ont subis. Plutôt que de soutenir l'innocente Cassandre, ils espèrent qu’elle se résigne dans la famille, contribuant ainsi à un cycle qui se reproduit de génération en génération.

À travers ce film, Hélène Merlin aborde la mécanique complexe de la honte et du silence qui accompagne l'inceste, mettant en lumière un fait alarmant : en France, une personne sur dix serait victime d'inceste. Avec une atmosphère écrasante portée par une tension palpable, la réalisatrice explore ces thèmes délicats avec la force d’un roman d’Émile Zola, peignant le portrait d’une famille endommagée, où l’hérédité porte de lourdes conséquences. En fin de compte, "Cassandre" délivre un message d'espoir, encourageant une rupture avec le cycle de l'inceste et les traumatismes familiaux.