
"Des témoignages troublants qui bousculent" : des expériences de mort imminente relancent les débats scientifiques
2025-03-30
Auteur: Chloé
Depuis plus de deux décennies, Sonia Barkallah se consacre à l'étude des expériences de mort imminente (EMI). Son dernier docu-fiction, intitulé Témoin, explore ces récits déroutants tout en interrogeant des scientifiques et des témoins afin de relancer le débat sur cette thématique fascinante et encore largement méconnue.
De récits saisissants, tels qu’un homme en coma décrivant une pièce secrète d’hôpital, à un aveugle apte à narrer physiquement son équipe soignante, les témoignages d’EMI se multiplient dans le film de Sonia Barkallah, réalisatrice originaire de la région de Berre l’Étang (13).
"Je me suis retrouvée à flotter dans ma chambre"
En grandissant, Sonia a été profondément touchée par des événements marquants. À 11 ans, après la perte de son grand-père, une tante lui fait découvrir le livre La Vie après la vie de Raymond Moody, un des précurseurs de l'étude des EMI. "Ces témoignages m'ont apporté du réconfort", confie-t-elle.
À l’âge de 14 ans, elle vit une expérience similaire à une EMI : "J’ai flotté dans ma chambre tout en observant mon environnement d’en haut, une expérience saisissante liée à ma chaîne hi-fi."
L’objectif de Sonia n’a jamais été de prouver l’existence d’une vie après la mort, mais plutôt d’ouvrir un véritable débat scientifique. En 1999, elle se trouve en crise de dépression, envisageant d'en finir avec ses jours, lorsque par hasard elle tombe sur un documentaire sur les EMI qui lui redonne espoir. "Ces témoignages sincères m’ont poussée à reconsidérer ma vie et m'ont inspirée à devenir réalisatrice."
En 2010, elle réalise son premier film, Faux départ, qui plonge dans le sujet des EMI. Avec Témoin, elle vise à mettre en lumière les témoignages corroborés par des professionnels de santé et des tiers. "Quelle est la valeur d’un témoignage dans une perspective scientifique ?" s'interroge-t-elle, confrontant les sceptiques aux témoignages de ceux qui ont vécu des expériences extraordinaires.
Neuroscientifiques et psychologues côtoient des croyants et des sceptiques, ajoutant une richesse aux discussions. "Aujourd’hui, il manque des documentaires objectifs qui exposent divers points de vue", déplore-t-elle. Son film est construit comme une enquête policière, où chaque affirmation est confrontée à son contraire.
Sonia présente des témoignages d’aveugles nés ainsi décrivant des scènes qu'ils n’auraient jamais pu voir, et des sourds rapportant des sons. "Jusqu’à ce que les arguments commencent à s'estomper", souligne-t-elle de façon provocante.
En effet, Sonia reste convaincue que la conscience pourrait exister indépendamment des fonctions cérébrales classiques. "La science n’a pas encore tous les outils nécessaires pour expliquer ces phénomènes", dit-elle, tout en maintenant son ouverture d’esprit face à l’incompréhensible.
"Sortir du caractère paranormal et ésotérique"
Le documentaire Témoin, au fil de ses projections, provoque des réactions très émouvantes. Il est apaisant pour ceux en deuil, comprend les personnes ayant vécu des EMI, et suscite l’intérêt du corps médical. Nombreux hôpitaux, comme l'hôpital Henri-Laborit, demandent à projeter le film pour leurs équipes. Cette reconnaissance réjouit Sonia, désireuse de démystifier le caractère paranormal souvent attribué à ces expériences.
Sonia s'est même rendue en Inde, à la demande d'un responsable hospitalier, pour présenter son film à un public de psychiatres, et partage ses recherches à travers le monde, allant même en Chine et en Iran. "Mon travail repose sur des études publiées dans des revues scientifiques reconnues, loin de toute pseudoscience", précise-t-elle, affirmant que cela renforce le caractère universel des EMI.
En attendant, elle continue de recevoir des témoignages touchants qui témoignent de l'impact émotionnel que suscite son travail. "Mon rôle est de provoquer des émotions et apporter quelque chose de précieux aux gens, et c'est magnifique", conclut-elle, exprimant sa satisfaction de voir le film toucher tant de personnes.
En revanche, elle prévient que ceux qui cherchent des réponses définitives seront déçus ; "C’est un film qui pose des questions et ne donne pas de conclusion. C’est cela qui est essentiel."