
"La santé des humains, celle des animaux et celle de la nature sont inextricablement liées" : 200 scientifiques se mobilisent pour un ambitieux programme de recherche en Camargue
2025-03-18
Auteur: Louis
"La Camargue est reconnue comme un "hot spot" de biodiversité. Avec la présence de virus transmis par les animaux, comme nous l'avons récemment constaté avec le virus du Nil Occidental qui touche les chevaux, ce territoire est non seulement riche en activités humaines, mais également en enjeux environnementaux cruciaux. Frédéric Thomas, chercheur au CNRS de Montpellier, codirige un vaste programme de recherche en Camargue, qui se concentre sur l'interconnexion entre la santé humaine, celle des écosystèmes et celle des animaux. 'C'est la démarche 'One Health', conçue par l'OMS, que nous appliquons dans notre travail pluridisciplinaire en Camargue.'
Actuellement, un consortium de chercheurs est déjà actif dans la Zone Atelier Camargue, une initiative labellisée par le CNRS. Cette zone est dédiée à l'étude des interactions entre santé et environnement, englobant notamment les maladies zoonotiques, qui représentent 75 % des maladies infectieuses émergentes provenant de la faune sauvage. "Nous étudions les facteurs qui conduisent à la transmission de ces pathogènes à l'homme. Nous explorons également l'antibiorésistance et l'écotoxicologie, c'est-à-dire la pollution de l'air, du sol et de l'eau. Nous nous intéressons également aux impacts de notre environnement sur la santé mentale, en mettant l'accent sur la montée des eaux, la salinité des sols, les maladies, ainsi que sur ce que nous appelons l'écobonheur, le bien-être associé à la nature et aux animaux."
Près de 200 chercheurs provenant d'une trentaine d'unités de recherche et d'universités collaborent dans cette Zone Atelier, en plus de leurs propres projets. Une soixantaine de partenaires non académiques s'est également jointe à l'initiative, créant un réseau collaboratif essentiel. Ce label est accordé pour une durée de cinq ans, sans date de fin définitive, et les travaux sont régulièrement évalués. 'Nous sommes la seizième Zone Atelier du CNRS, et chaque zone se concentre sur des socio-écosystèmes tout en étudiant les conséquences des activités humaines. En Camargue, nous intégrons les préoccupations des acteurs locaux. Notre approche n'est pas celle du scientifique isolé, mais d'un travail collaboratif', explique Frédéric Thomas.
D'importants projets de recherche ont déjà reçu des financements, comme le projet ZooCam, qui s'inscrit dans l'initiative Prezode (prévention de l'émergence des maladies zoonotiques) initiée après la pandémie de Covid-19. 'Nous avons obtenu près de 3 millions d'euros pour cinq ans, renforçant notre axe de recherche sur les pathogènes zoonotiques,', précise Nathalie Boutin-Richter, coordinatrice de la Zone Atelier. 'Nous sommes confiants que nos travaux apporteront des résultats probants. Cependant, il est essentiel que le public ne panique pas. La détection de virus, même problématiques, peut nous aider à prévenir de futurs problèmes. C'est une véritable opportunité pour la région.'
Un autre projet, moins onéreux, est également en cours : le "procès du sel". Ce concept, piloté par le géographe et écologue Raphaël Mathevet, explorera les problématiques écologiques à travers un cadre fictif, favorisant le débat et la réflexion sur les relations entre l'homme et son environnement. Ce projet a été retenu dans le cadre du programme Erable, qui vise à éclairer les enjeux liés à la biodiversité et à alimenter l'action publique locale, tout en diffusant ses résultats par le biais de moyens artistiques innovants.