Science

Ont-ils vraiment commencé à parler ?

2025-03-23

Auteur: Philippe

C’est une question fascinante qui reçoit aujourd'hui des réponses de plus en plus précises grâce aux avancées de la génétique. Une récente étude publiée dans la revue *Frontiers in Psychology* révèle que la capacité linguistique propre à l’être humain pourrait remonter à il y a au moins 135 000 ans. De plus, l'utilisation de cette faculté pour les échanges sociaux aurait émergé environ 100 000 ans avant notre ère.

L’étude s’appuie sur l’analyse de 15 grandes recherches génétiques effectuées au cours des 18 dernières années, touchant divers aspects du génome humain, notamment le chromosome Y et l’ADN mitochondrial.

Le raisonnement des chercheurs est à la fois simple et rigoureux : tous les groupes humains, où qu'ils soient sur la planète, disposent d'une langue, et ces langues révèlent des structures communes profondes. Cela laisse supposer que notre capacité à parler existait avant que les populations humaines ne commencent leur migration à travers le monde.

En examinant quand ces groupes ont commencé à se différencier sur le plan génétique, les chercheurs en déduisent que la première séparation régionale aurait eu lieu il y a 135 000 ans. Cela suggère que la capacité de langage devait exister avant cette divergence, puisqu’elle a été conservée par chaque sous-groupe.

Notre espèce, Homo sapiens, est apparue il y a environ 230 000 ans. Mais quand avons-nous commencé à utiliser des formes de langage ? Certains chercheurs soutiennent que nos ancêtres possédaient des compétences vocales depuis plus de 2 millions d’années, mais cela ne signifie pas qu'ils parlaient comme nous le faisons. Ce qui caractérise le langage humain, c’est la capacité de combiner des mots avec une syntaxe spécifique, créant ainsi un système complexe permettant de générer une infinité d’idées à partir d’un nombre fini d’éléments.

C’est cette capacité cognitive et symbolique que les chercheurs estiment être apparue aux alentours de 135 000 ans, tandis que son utilisation pour la communication serait datée d’environ 100 000 ans.

Des découvertes archéologiques ont également été faites à cette période, comme des objets ornés de motifs ou l'utilisation de pigments complexes tels que l'ocre rouge, ainsi que des sépultures accompagnées d'objets significatifs. Toutes ces activités témoignent d'une pensée symbolique, exclusivement humaine, qui est étroitement corrélée au langage.

Ian Tattersall, l’un des coauteurs de l'étude, avance même que le langage aurait pu être le déclencheur de ces comportements symboliques, permettant aux humains d’échanger des idées abstraites, de transmettre des connaissances et d’innover collectivement.

La recherche estimate également que les femmes pourraient avoir tendance à communiquer davantage que les hommes, bien que cette tendance soit sujette à des modifications selon de nouveaux facteurs en émergence.

Cette étude représente une avancée importante par rapport à une recherche précédente, effectuée en 2017, qui avait des bases moins robustes. Aujourd’hui, avec un corpus de données plus riche, il est plus facile de tirer des conclusions fiables concernant les débuts de la capacité linguistique chez les humains.

La théorie soutenue par les chercheurs suggère que le langage a pu commencer comme un système cognitif privé, que nos ancêtres auraient développé pour organiser et manipuler leurs idées, avant de le transformer en un moyen de communication partagé. Ce changement aurait profondemment influencé notre espèce, facilitant la transmission d’informations complexes et favorisant l’émergence d’une culture cumulative.

Cependant, il existe encore des débats autour de cette hypothèse. Certains scientifiques estiment que les comportements modernes se seraient développés plus lentement, à travers une accumulation progressive de compétences, où le langage n’auraient été qu’un élément parmi d’autres. Cela dit, l'approche basée sur les données génétiques récentes permet d'éclairer sous un nouvel angle l'origine du langage et son rôle crucial dans le développement de l'humanité.

Cette étude nous pousse à réfléchir au langage non seulement comme un outil de communication, mais aussi comme la fondation de notre pensée complexe. En effet, notre manière de formuler nos idées structure profondément notre perception du monde.