Technologie

Révolution énergétique : Une start-up tunisienne convertit les déchets d'olives en chaleur

2025-03-29

Auteur: Marie

Au cœur des oliveraies tunisiennes, Yassine Khelifi, ingénieur et entrepreneur visionnaire, a lancé sa start-up Bioheat, qui transforme les grignons d'olives en briquettes de chauffage. Cette innovation répond à un besoin urgent dans un pays qui dépend fortement des importations de gaz et de pétrole.

"Nous transformons des déchets organiques en une source d'énergie rentable", a déclaré Yassine, 36 ans, à des journalistes. Fondée en 2022 dans le village de Sanhaja près de Manouba, Bioheat est déjà à l'avant-garde de l'économie circulaire en Tunisie.

En montrant les résidus de "fitoura" (les grignons d'olives compressés), Yassine explique avec fierté que cette matière autrefois négligée devient une ressource précieuse. Les grignons, produits en masse pendant la récolte des olives, représentent un défi environnemental puisque la majorité de ces déchets polluent les sols.

La Tunisie occupe une place prépondérante dans le secteur de l'huile d'olive, étant l'un des cinq plus grands producteurs mondiaux, avec une production prévue de 340 000 tonnes pour la campagne 2024/2025. Pourtant, pour chaque tonne d'huile produite, près de 1,76 tonne de fitoura est générée, créant un potentiel significatif pour cette nouvelle méthode de valorisation.

Yassine a eu l'idée de convertir ces grignons en énergie lors de son enfance, lorsqu'il observait les producteurs d'huile et se demandait pourquoi ces déchets brûlaient si longtemps. Après des années de recherche infructueuse pour trouver une machine adaptée, il a décidé de la concevoir lui-même. Sa persévérance a porté ses fruits : il a développé un processus permettant d'obtenir des briquettes d'une humidité de 8 %, bien inférieur à celui du bois traditionnel.

L'entreprise, qui emploie actuellement une dizaine de personnes, a su trouver des débouchés sur le marché local – restaurants, hôtels et établissements scolaires dans les régions froides du pays. Cependant, une partie significative de la production, soit environ 60 %, est désormais exportée vers la France et le Canada.

Selim Sahli, gérant d'une maison d'hôtes près de Nabeul, témoigne des économies réalisées depuis son passage aux briquettes. "C'est une énergie propre et, financièrement, j'ai réduit mes coûts de chauffage d'un tiers", dit-il.

Les briquettes sont également plébiscitées par les restaurateurs comme Ahmed Harrar, qui souligne leur capacité à produire moins de fumée et à enrichir le goût des plats avec les saveurs d'olives.

Des experts tels que Noureddine Nasr, ancien conseiller à la FAO, soutiennent que valoriser les déchets d’olives pourrait contribuer à créer de l'emploi ainsi qu'à sauvegarder l'environnement. Un tel projet mérite d'être soutenu, car il réduit la dépendance énergétique d'un pays en déficit dans ce domaine.

La Tunisie est vulnérable économiquement, dépendant à plus de 60 % des importations de combustibles. Yassine Khelifi, face à des obstacles financiers, a choisi de s'entourer et de faire appel à sa communauté pour monter son entreprise. Il rêve d'un avenir où Bioheat pourrait jouer un rôle crucial dans la transition vers les énergies renouvelables, tant au niveau national qu'international, prouvant ainsi que l'innovation est la clé pour surmonter les défis environnementaux.