Divertissement

"Deux sœurs" : Mike Leigh explore l'âme troublée d'une femme en colère, métamorphosée par la talentueuse Marianne Jean-Baptiste

2025-03-31

Auteur: Sophie

Près de trois décennies après son chef-d'œuvre "Secrets et Mensonges", récompensé par la Palme d'Or à Cannes en 1996, Mike Leigh nous revient avec un nouveau long-métrage captivant mettant en vedette Marianne Jean-Baptiste, la première actrice britannique noire nominée aux Oscars pour son rôle secondaire dans le film emblématique. Dans "Deux sœurs", elle incarne Pansy, une femme afro-anglaise tourmentée, en révolte contre le monde, mais surtout contre elle-même. Le film sort dans les salles le mercredi 2 avril.

Pansy mène une existence recluse dans un pavillon soigné de la banlieue londonienne avec son mari Curtley (David Webber) et son fils Moses (Tuwaine Barrett), un jeune adulte en surpoids qui s’enferme dans sa chambre, cherchant à se protéger des attaques verbales incessantes de sa mère. La colère de Pansy se déverse implacablement sur tous ceux qui croisent son chemin, et cela engloutit aussi son fils, voilé sous le poids de son désespoir.

Pansy, experte en joutes verbales aiguisées, est l'antithèse de sa sœur Chantelle, une coiffeuse pacifique, qui écoute ses clientes avec empathie et bienveillance. Alors que Chantelle élève seule ses deux filles avec amour, Pansy se débat dans sa douleur et son ressentiment. "Je ne te comprends pas, mais je t'aime", lui confie Chantelle, mais sa gentillesse ne suffit pas à sortir Pansy de son spiral destructeur.

Le film oscille entre moments drôles et tragiques, y compris des scènes où la douleur de Pansy est exposée avec une franchise déconcertante. Le réalisateur, Mike Leigh, aborde des thèmes complexes comme le deuil et la solitude, tout en s’attachant à capturer les nuances de l'expérience humaine.

Après avoir exploré des récits historiques avec des films tels que "Mr. Turner" et "Peterloo", Mike Leigh revient à son style de cinéma social et psychologique avec "Deux sœurs". Ce long-métrage se penche sur les répercussions dudeuil familial, notamment sur la manière dont deux sœurs, ayant vécu différemment le même traumatisme, réagissent (ou ne réagissent pas) face à la perte de leur mère.

Pansy, en lutte contre ses propres démons intérieurs, devient une image tragique de la colère réprimée, un sentiment qui pourrait éventuellement la mener à se confronter à ses blessures lors d'un poignant passage au cimetière le jour de la fête des Mères. Le film se déploie alors comme une exploration intime et psychologique, plutôt que comme une simple intrigue avec une résolution attendue.

La réalisation de Leigh, empreinte de sa méthode unique de collaboration avec les acteurs, donne vie à des personnages d'une authenticité rare. Marianne Jean-Baptiste a joué un rôle clé dans le développement de Pansy, tout comme sa co-actrice Chantelle, et cette immersion crée une dimension organique au récit, rendant chaque émotion palpable et profondément émotive. Leigh donne de la profondeur à des scènes où la caméras s'attarde sur les visages, révélant les tempêtes émotionnelles qui les traversent.

Ce film marquant témoigne de la manière dont Mike Leigh pétrit l'art du cinéma comme un sculpteur de l'âme humaine, apportant une intensité innovante à chaque scène. Par la force de son interprétation, Marianne Jean-Baptiste illumine le défi cinématographique proposé par Leigh, soutenue par un casting au sommet de son jeu, conjuguant performances puissantes et profondeur narrative.