Nation

« Mes parents ont eu le choix entre le cercueil et la valise » : Patricia Mirallès, ministre engagée pour la mémoire

2025-03-30

Auteur: Philippe

« Arabe blanche ! Sales pieds-noirs ! »

Déracinés, mais pleins de vie, ils tentent de reconstruire leur existence à Montpellier. La ministre Patricia Mirallès se remémore cette période de son enfance : « Ils vivaient chez la sœur de maman. Nous étions une vingtaine dans un petit logement de 30 mètres carrés, mais personne ne se plaignait. Les matelas étaient sortis le soir, et dès l’aube, les hommes partaient travailler. » À cette époque, la France était en plein emploi. Le père de Patricia, mécanicien en Algérie, s’adapte rapidement en devenant menuisier, contribuant même à la construction de la faculté des sciences et de la bibliothèque de l’université Paul-Valéry, héritière d’une institution fondée en 1289.

Patricia, la benjamine d’une fratrie de trois, grandit dans un quartier populaire, entouré d’immeubles HLM. « Les dimanches, quand il faisait beau, nous quittons la ville pour la côte, » se souvient-elle avec nostalgie. Ces sortes d’évasions estivales à Palavas-les-Flots étaient un répit dans un contexte que d’autres incompréhensions sèment de troubles. Elle se rappelle les insultes qu’elle subissait à l’école : « Arabe blanche ! Sales pieds-noirs ! Ces phrases me laissaient perplexe, je regardais mes pieds et je ne comprenais pas. » Sa mère et son père, souffrant de leur propre histoire, la protégeaient dans le silence.

Entretenir la mémoire

Ce n’est que pendant la pandémie de Covid-19 qu’elle prendra davantage conscience des trous dans son histoire familiale. « Que vais-je dire à mes enfants s’il nous quittait ? » s’interroge-t-elle, alors que la vie continue, tant bien que mal, dans un contexte qui éprouve la résilience des êtres. Après avoir failli perdre son père, la conversation sur leur histoire est obligée de se faire. « J’ai fouillé dans ses affaires et je lui ai dit : écris-le ! » Ce moment crucial fut le début des confidences de son père, mais cette fois à ses petits-enfants.

En tant que ministre puis mère, Patricia Mirallès se consacre à maintenir vive la mémoire de ceux qui ont combattu pour la France. Après plus de deux ans aux côtés de Sébastien Lecornu à la tête du ministère, une nouvelle configuration politique l'oblige à remporter son siège autrement. Avec le soutien d’Emmanuel Macron, malgré l'opposition de Michel Barnier, elle se consacre à défendre la mémoire des soldats et de leurs familles. « Cela a été un déchirement, » confie-t-elle.

Cependant, son retour à Montpellier en tant que conseillère municipale d’opposition après une tentative infructueuse de se faire élire députée montre sa détermination à travailler pour son pays, malgré la difficulté de la situation politique. Elle se souvient d’un épisode douloureux d’insultes qu’elle a subies pour ses positions prises lors de la pandémie concernant la vaccination. « Je suis souvent confrontée à cette haine. Il faut avoir du courage pour faire de la politique aujourd'hui, » déclare-t-elle avec un air désolée.

Ayant un parcours atypique, elle relate sa jeunesse où elle a multiplié les petites expériences professionnelles, depuis la boucherie jusqu'au ménage, avant de créer sa propre entreprise. À 21 ans, elle se lance dans l’aventure entrepreneuriale, et c’est grâce à l’initiative de Philippe Saurel qu’elle s’engage dans la politique en 2014.

Patricia Mirallès se fait aujourd'hui l’écho d'un message fort : « Peu importe d’où l’on vient, il faut aimer son pays. » Elle se rend enfin en Algérie, un pays que sa famille a fui, un acte rempli de symbolisme et d’émotion. Elle sait que ses parents vieillissent et se pose la question de leur retour ensemble. La ministre évoque également les tensions actuelles avec l’Algérie avec préoccupation, rappelant que la diplomatie devrait être privilégiée sur le rapport de force. Dans ses initiatives, elle propose d’ouvrir les archives franco-algériennes à la recherche de compréhension mutuelle, sans succès pour l’instant.

Lors de la journée nationale du souvenir dédiée aux victimes de la guerre d'Algérie, elle insiste sur l'importance de la mémoire. « Assumons notre passé, transmettons notre histoire et soyons fiers de notre pays, » finit-elle par conclure, exhortant ainsi tous les Français à prendre part à la réflexion sur leurs origines et l’importance d’unir les mémoires.