Science

Des scientifiques souhaitent transformer le sang humain en poison pour moustiques

2025-03-31

Auteur: Michel

La malaria continue de frapper le monde entier, causant la mort tragique de 600 000 personnes chaque année, faisant partie des maladies les plus redoutables véhiculées par les moustiques. La question se pose : et si notre propre sang pouvait devenir un poison mortel pour ces insectes ?

Une étude fascinante publiée en mars dans la revue scientifique Science Translational Medicine révèle qu'un médicament nommé nitisinone possède la capacité de rendre le sang humain toxique pour les moustiques. Lorsqu'ils ingèrent du sang contenant des quantités infimes de ce médicament, ces insectes meurent dans les heures qui suivent. Mieux encore, cet effet peut durer jusqu'à seize jours après l'ingestion de nitisinone.

Bien que la nitisinone ne soit pas efficace pour traiter la malaria, son usage dans la réduction des populations de moustiques pourrait avoir des répercussions significatives sur la transmission de cette maladie. En effet, en tuant les moustiques mâles avant que leurs compagnes ne puissent pondre des œufs, cette stratégie pourrait contribuer à réduire le nombre d'insectes véhiculant la malaria.

Il est essentiel de préciser que l'objectif n'est pas d'immuniser les individus contre la malaria, mais plutôt de créer une sorte d'immunité collective, semblable à celle d'une couverture vaccinale, qui pourrait briser le cycle d'épidémie dans les communautés à risque.

Les chercheurs attirent toutefois l'attention sur le fait que cela ne constitue pas une solution miracle. Au contraire, la nitisinone pourrait être utilisée en complément d'autres méthodes de lutte contre les moustiques, comme les moustiquaires imprégnées d'insecticides et la vaccination. Une telle approche combinée pourrait s'avérer d'autant plus efficace dans les zones où les moustiques ont développé une résistance à des traitements conventionnels.

Ce qui est remarquable, c'est que la nitisinone est déjà un médicament approuvé, utilisé pour traiter des maladies génétiques rares, ce qui donne espoir quant à sa pertinence dans une nouvelle application. L'étude dirigée par le parasitologue Álvaro Acosta Serrano a fait des découvertes passionnantes sur la façon dont la nitisinone, initialement développée comme herbicide, pourrait être réutilisée pour combattre des maladies humaines.

La nitisinone semble avoir une histoire fascinante. Initialement destinée à cibler un acide aminé essentiel, la tyrosine, elle est approuvée depuis 1992 aux États-Unis et dans les années 2000 en France. Son utilisation a été vitale pour les enfants atteints de tyrosinémie de type 1, une maladie rare nécessitant un traitement constant.

Cependant, le développement d'un traitement contre les moustiques soulève des défis. George Dimopoulos, un biologiste moléculaire à l'Université Johns Hopkins, souligne que les remèdes doivent être financièrement accessibles, surtout dans des régions où la pauvreté favorise la malaria. Le coût de la nitisinone, en fonction de sa rareté, pourrait être un obstacle majeur pour l'adoption à grande échelle.

De plus, la nature indirecte de l'action du médicament représente un autre défi. Convaincre une population d'adopter un traitement qui ne leur fournit pas de protection individuelle directe contre la maladie peut s'avérer compliqué.

Néanmoins, des idées innovantes émergent : combiner la nitisinone avec des traitements conventionnels ou concentrer les efforts sur le bétail, qui est également une source de nourriture pour les moustiques, pourrait augmenter l'efficacité de cette stratégie. Les recherches plus récentes portent aussi sur l'utilisation de pollens infusés d'insecticides pour cibler sélectivement les moustiques sans affecter d'autres pollinisateurs.

Il est encore trop tôt pour dire si la nitisinone deviendra un outil clé dans la lutte contre la malaria, mais son potentiel souligne l'importance de la recherche interdisciplinaire. Le développement de solutions personnalisées pour différentes régions pourrait maximiser l'impact de ce médicament sur la santé publique. Alors que le défi des résistances des moustiques demeure, l'innovation pourrait bien être la clé pour réduire la menace de la malaria à long terme.